Une blind date

Pendant que Laurence fouille à la recherche de vêtements propres, Aileen s’active sur son téléphone tout en faisant la conversation.

  • Laurence, t’as vu la photo de Banks que j’ai envoyée à ton Viktor chéri? Non, mais c’est vrai qu’i’ s’ressemblent.

L’interpellé n’a pas le temps de répondre qu’Aileen lance triomphalement :

  • Enfin! Bonne nouvelle!

La silhouette sulfureuse se présente dans la chambre pour annoncer :

  • J’viens d’la voir passer sur Facebook. T’sais, le duo d’assassins, Dominique et Lydia? Les Françaises? B’en elles ont été innocentées!
  • De quoi tu parles?
  • On croirait que j’parle aux murs quand j’te jase! T’sais les deux Françaises «serial killer»? Les enquêteurs font rire d’eux autres. Paraît que c’est une rivalité entre deux auteurs. C’était à qui tueraient le plus de gens dans leur histoire. Une embrochait des vampires, l’autre des espions! Franchement!

Un « Bing » résonna dans ses mains. Aileen émit en séparant chaque syllabe :

  • Oh! Ah! Voilà! Je t’ai trouvé le meilleur des remèdes.

Laurence, qui attachait ses cheveux, laissa tomber ses bras en grimaçant.

  • Sérieux! À mon âge? Une blind date?
  • T’es pas mourante. Viens-t’en.

 

Tel qu’attendu, l’air vibrait sur le tempo musical, même celui des poumons. La moue de Laurence s’agrandit quand son amie salua vers la salle et lui attrapa par la main pour les diriger vers deux hommes attablés. Un d’eux se leva pour lui faire la bise avant de hurler des salutations :

  • Salut, moi, c’est Olivier. Lui, c’est Samuel.

L’interpellé leva la tête. Laurence fut séduite sur-le-champ. Des lèvres pleines, des yeux… qui semblaient d’un brun chaud sous les spots de couleur qui balayaient la salle avec rage, une mâchoire carrée sous une barbe châtaine taillée avec soin, une chevelure de même couleur, attachée en pompon sur le sommet du crâne. Un sosie de Jay du Temple… le beau retourna pitonner sur son téléphone…

Aileen et Olivier disparurent. Laurence se retrouva devant M. Beautiful qui continuait ses importantes communications.

  • Tu travailles dans quoi? Cria-t-elle vers lui.
  • Je te demandais t’es dans quel domaine! Hurla-t-elle.
  • Moi, je trav… oh! Eh puis! Merde! Je rentre.

Laurence ramassa son sac et sortit. Sur le trottoir, elle chercha du regard l’arrêt de bus le plus proche et s’apprêtait à s’y rendre quand une main saisit son coude. Sam. Sans plus de préambules, il offrit :

  • Est-ce que je peux t’offrir un café? J’ connais une place où on pourrait jaser. Je t’invite?

Elle aurait voulu être en colère contre lui, mais son toucher lui plaisait trop pour l’interrompre. Il la conduisit au café préféré de Laurence et Aileen. La jeune femme était bien contente que le serveur fut un nouveau. Il ne bavasserait rien à son amie, vu que, comme les autres, il ne resterait pas. Le gérant choisissait immanquablement des incapables.

Attablé face à la jeune femme, il s’accouda, le haut de son corps surplombant la table, son visage tout près de celui de Laurence. Elle craignait qu’il entende les battements affolés de son cœur.

  • Je m’excuse pour mon attitude de tout à l’heure, commença-t-il en baissant le regard.
  • Ça va, mentit Laurence.
  • J’avais des… choses à régler… avec mon ex.

Son ex? Il était célibataire. Laurence retint son sourire.

  • Ça va? Je veux dire maintenant! C’est réglé?
  • Elle m’a flushé. C’est mieux d’même. C’t’une esti d’folle.
  • Désolée.

Ce qu’elle était loin d’être! Le serveur les aborda. À l’unisson, ils demandèrent une camomille. Sam regarda Laurence dans les yeux. Son sourire la jeta par terre : grand, découvrant deux rangées de dents blanches et droites. Elle se retint de se jeter sur lui pour l’embrasser. Il lui entrait dans la peau.

Ils échangèrent des informations de base : emploi, famille, amis quand leur commande arriva. En fait, ils reçurent une assiette de nachos fumant. D’un même élan, ils éclatèrent de rire. Le serveur retourna à son service en les traitant à voix basse d’imbéciles heureux.

Ce qui devait arriver arriva, Sam suivit Laurence jusqu’à chez elle. Comme Aileen quelques heures auparavant, il stoppa sur le seuil, examina la pièce avec un sourire mou. Senteuse était assis devant lui, battant de la queue, la langue pendante.

  • Qu’est-ce qu’y a? T’as peur des chiens? S’inquiéta Laurence.
  • Non, pas vraiment. Tu… vis… là… là-dedans?

Avec un petit rire gêné, elle répondit :

  • C’est la faute d’Aileen. Quand elle est venue, elle a foutu plein de trucs partout soi-disant pour m’aider à me préparer.

Sam posa ses pieds avec précautions pour se rendre à la salle de bains. Elle prit la suite pour se brosser les dents et laver à la débarbouillette les zones stratégiques.

Il l’attendait, debout contre le cadre de la porte de la chambre. Elle s’approcha en souriant sans le lâcher des yeux. Elle arrivait à sa hauteur quand il demanda :

  • As-tu des draps propres?

Si la mâchoire de Laurence avait pu, elle serait tombée sur le plancher encombré. Il ajouta avec un sourire qu’elle se demandait comment le qualifier :

  • C’est que… une belle fille comme toi… ça doit avoir plein d’aventures… pis, ben, comme un lion, ben, j’veux pas… m’rouler dans les odeurs de la concurrence.

Le compliment la fit sourire. Ensemble, ils changèrent les draps et Sam ferma la porte de la chambre au nez de Chialeuse.

Au petit matin, Laurence, détendue par une nuit à se souvenir, se prépara pour aller au travail en faisant attention de laisser Sam dormir. Elle vécut la journée la plus longue de sa vie. Aileen n’était pas entrée et Laurence se dit plusieurs fois qu’elle devrait l’imiter pour rejoindre Sam. N’y tenant plus, à quinze heures, elle décréta souffrir d’une migraine et s’envola.

Une note l’attendait sur sa table. Elle regretta de n’avoir pas fermer la porte de la chambre avant de quitter :

« Je suis désolé, les traineries, je peux vivre avec. Me réveiller avec de la bave de chien sur la cuisse pendant qu’il me respire les parties, c’est trop. Sam  

P.S. ma blonde me reprend. Inutile de me chercher. »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *